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Et si j’écrivais un roman ?

written by Solène 10 décembre 2019

Il y a quelques temps j’ai décidé d’écrire un roman. Un vrai challenge personnel tant la tâche est longue et périlleuse pour quelqu’un qui écrit uniquement des textes courts.
Il y a un an je l’ai laissé de côté, Bobonne accaparant tout mon temps, la disponibilité de mon cerveau pour cet exercice était très réduit.
Ces dernières semaines, j’ai vraiment ressenti le besoin de reprendre mon manuscrit et de me replonger dans l’histoire de Louise, cette trentenaire qui jongle avec sa vie, ses amis, ses amours, son job, mais surtout avec elle-même.
Je me suis également dit que j’écrivais pour être lue et que peut-être vous aimeriez en savoir un peu plus sur Louise. Alors je vous livre ci-dessous un extrait d’un roman qui n’a pas de titre mais beaucoup de coeur. J’espère que ça vous plaira (vous ne le voyez pas mais je suis extrêmement stressée par cette démarche!).


“En sortant du bureau, un orage éclata. L’introduction printanière et les verres entre copines étaient bien loin. Louise essayait d’éviter les flaques en sautant les caniveaux et en jonglant entre son parapluie et son tote bag contenant baskets et autres artifices sportifs qu’elle n’utilise que trop peu. Trempée pour trempée, elle referma son parapluie qui l’encombrait plus qu’autre chose et accueilla des trombes d’eau sur son brushing. Foutu pour foutu…

Elle referma son parapluie, et courut jusqu’au métro en inondant ses bottines. Elle arriva enfin devant chez elle, trempée et rêvant d’une douche bien chaude. Elle jeta un rapide coup d’œil à sa montre, il était déjà 21h30, elle posa son sac sur le sol humide pour chercher ses clés. Comme d’habitude elle avait une faim de loup et la journée qu’elle venait de passer saupoudrée de sa gueule de bois n’arrangeait rien à son humeur massacrante.

Dans ces moments-là, la jeune femme avait tendance à broyer du noir. Harry n’avait pas renchéri sur sa réponse et faisait à nouveau le mort. Problème de timing se rassura-t-elle…

Elle se releva en se rendant compte qu’il fallait d’abord faire le code de la porte principale de l’immeuble et que ses clés pouvaient attendre … 6932, c’est bon, elle entra dans le sas et jeta un œil à son reflet dans le grand miroir d’époque de l’entrée, réflexe qu’elle regretta aussitôt. Son visage était cerné, son teint grisâtre, son maquillage avait coulé et ses cheveux étaient indescriptibles. Picasso n’aurait pas fait mieux.

Elle tapa le 2nd code afin d’accéder à l’escalier qui la rapprochait d’une délivrance certaine de cette journée interminable.
9598. La porte ne s’ouvrait pas. 9598. Louise appuya de toutes ses forces sur les touches comme si cela allait changer quelque chose.
Elle insulta le digicode en prenant soin d’insister sur les mots commençant en « p », tandis qu’elle voyait déjà le fantasme de la douche chaude et de la livraison de nourriture japonaise qu’elle avait commandée sur la route s’engouffrer dans le néant.

Soudainement dans un fracas qui la fit sursauter, elle entendit le bruit de la porte derrière elle et vit entrer son voisin du 4ème. Il se battait avec son parapluie et sa sacoche d’ordinateur tandis que l’eau dégoulinait le long de son trench beige finissant sa chute sur le sol.
Elle n’avait jamais remarqué mais il n’était pas mal dans son genre. Élégant, toujours en costume, avec sa petite mallette. Il avait l’air ennuyeux mais gentil. Le genre de mec qui bosse dans la finance ou la compta. Un mec ennuyeux se répéta Louise.
Quelque chose dans son apparence avait changé mais Louise n’arrivait pas mettre le doigt dessus. Enfin peu importe, pensa-t-elle, l’anneau qu’il portait à l’annulaire gauche lui avait déjà permis de le classer dans la case « pas intéressant » dans le passé.

– Le code ne marche pas, lui dit-elle.

Il essaya à son tour, ce qui eut le don d’énerver Louise. Elle était encore capable de taper un code correctement, merci. Quel prétentieux, pensa-t-elle.

“- Ah non en effet…” confirma-t-il.
“- Sans blague !” lui rétorqua-t-elle, en le mitraillant du regard.

Il rit. Elle rit maladroitement à son tour, quelque peu déstabilisée par la façon qu’avait eu l’homme ennuyeux de gérer l’agression de la jeune femme. C’était normalement la technique de Louise. Lorsque quelqu’un adoptait un comportement désagréable ou potentiellement conflictuel, elle misait tout sur l’humour. La plupart du temps les gens se sentaient stupides et abandonnaient. Coup de maître, maintenant c’était elle qui se sentait stupide.

Ils échangèrent rapidement sur les options qui leurs permettraient de se sortir de cette situation. Elles étaient minces puisque la gardienne était en vacances et l’autre option qui consistait à ressortir de l’immeuble alors que l’orage était monté en puissance avait été exclue L’homme ennuyeux décida de prendre les choses en main et d’appeler le numéro d’urgence.

Louise regarda rapidement son portable pour voir si l’Anglais n’avait pas répondu tout en écoutant ce que son voisin racontait. Il avait peut-être l’air intelligent mais ça ne voulait rien dire, il était préférable de surveiller son élan de générosité et de s’assurer qu’il ne dirait pas n’importe quoi à l’assistance technique.

Elle fut agréablement surprise par sa capacité à synthétiser la situation. Il parlait clairement, ses phrases étaient courtes et pertinentes. Il avait un ton ferme mais rassurant et chaleureux à la fois. Il était la représentation de ce qu’elle s’imaginait être un adulte. Il était si éloigné des gamins qu’elle rencontrait à longueur de temps, les Harry et les Pierre Doux.

La communication était un monde si superficiel, bancal, malsain. Tout n’était qu’amusement et dérision. Rien de sérieux. La palme revenait au mec le plus cool et le plus à l’ouest. Comme sur les bancs de l’école, le cancre était le plus populaire. Un monde autocentré, qui vivait pour savoir qui gagnerait le prochain lion d’or. La récompense suprême du vent.

Sa réflexion intérieure frappa Louise comme un coup de massue. Depuis quand pensait-elle comme ça ? Elle avait longtemps été fascinée par cet univers si drôle, décalé et si créatif. Il était bourré de gens plein de talents, mais elle s’était rendue compte qu’ils l’utilisaient pour engraisser le système au lieu d’apporter un peu de bien autour d’eux. Tant de négativité sur son milieu la surprenait. Elle, si enthousiaste, serait-elle devenue aigrie ? Elle se projeta alors comme spectatrice de l’histoire de sa vie. Et elle n’aima pas ce qu’elle vit.

” – Ils arrivent dans 1h.”

L’homme ennuyeux la sortit de ses songes. Elle soupira. Puis soudain la porte d’entrée s’ouvrit, laissant apparaître un homme avec un casque sur la tête, téléphone vissé entre les deux et des sacs en papier kraft plein les mains. Le livreur de jap’ ! Louise l’avait totalement oublié celui-là, elle le régla, le remercia et il s’en alla, avec l’air un peu surpris de livrer sa commande dans le hall d’un immeuble.

Il pleuvait toujours des cordes. Elle s’assit sur la seule marche du hall d’entrée et regarda son voisin qui avait pris un coup de fil entre temps. Elle arriva juste à entendre la fin de sa conversation :

“- Oui, ben je n’y peux rien ! ”

Il raccrocha vivement l’air agacé et resta silencieux, il se gratta la barbe (c’était donc ça qui avait changé, la barbe !), il avait l’air perdu et son regard devint tout à coup très triste… Il l’attendrit. La journée de son voisin avait l’air plus pénible que la sienne. Elle le regarda avec son sourire le plus compatissant :

“- Vous voulez partager?”, lui demanda-t-elle  en indiquant les sacs en papier kraft;
“- Oh oui avec plaisir!, lui dit-il. Je meurs de faim et je n’ose pas sortir sous cette pluie, mon parapluie est foutu en plus. Comment vous appelez-vous en fait ?” lui demanda-t-il en la rejoignant sur la marche.
“- Louise, enchantée, j’habite au 3e, et vous ?
– De même, Hippolyte , j’habite au 4e.”
Le visage de Louise changea à l’écoute d’un prénom si original, il comprit immédiatement  sa surprise et ajouta : 
“- Oui je sais, mes parents étaient probablement très imbibés lorsqu’ils ont choisi mon prénom !”
Ah tiens, il est drôle en fait pour un homme ennuyeux, se dit-elle.
 
Louise découvrit donc qu’Hippolyte bossait en finance de marché, il apprit à son tour qu’elle bossait dans la com’. Ils parlèrent de leurs emménagements respectifs, de la taille de leurs appartements et du fait que leurs brochettes étaient froides. Une conversation tout à fait triviale mais cordiale.

Le dépanneur arriva entre le sushi au saumon et la soupe miso. Il leur annonça que le problème était réglé, un souci de disjoncteur sur la ligne. Louise l’écoutait à peine, elle ne pensait plus qu’à une chose : son lit ! Les deux voisins le remercièrent. Hippolyte prit en charge la transmission d’information à la co-pro. Cool, ça sera ça de moins à gérer pensa Louise. Ils remontèrent les étages en plaisantant sur leur mésaventure.

Louise vérifia rapidement son téléphone, toujours pas de réponse d’Harry. Arrivés au 3ème, Louise salua l’homme finalement pas si ennuyeux et rentra chez elle.
 
Alléluia! Une bonne douche chaude, son lit, son ordi, une série. Bonne nuit.


Alors je continue ? 

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