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Violences faites aux femmes : que fait la police ?

written by Solène 29 novembre 2018
Mardi 27 novembre, le gouvernement lançait une plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles. Celle-ci permet aux victimes ou aux témoins de violence d’entrer en contact avec des policiers formés à cet exercice. Nous revenons sur cette mesure et l’état de la lutte contre les violences à l’égard des femmes dans l’ère post #metoo.

Il y a deux jours, M. Christophe CASTANER, ministre de l’intérieur et Mme Marlène SCHIAPPA, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, annonçaient dans un communiqué le lancement d’une plateforme d’aide pour les victimes ou les témoins de violences à l’égard des femmes. 

Une mesure annoncée il y a plus d’un an à l’initiative du président Macron. Une belle initiative accompagnée de quelques bémols : la naissance d’une telle plateforme donne un réel coup de projecteur sur le dysfonctionnement du système en place.

Laissons parler les chiffres….

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Il serait relativement naïf de penser que notre société a évolué et s’est éloignée des rouages archaïques du machisme et d’un patriarcat bien trop présent encore. Les amateurs de “brèves de comptoir” diront que le discours féministe dénonçant la culture du viol, l’existence croissante des violences conjugales ou du harcèlement de rue est inutile, surtout en France. Que neni.

Les violences conjugales

Les bourreaux – contrairement à cette vidéo de l’INA datant des années 70 qui avait fait le tour du web – ne se vantent plus de “donner quelques gifles à leurs femmes de temps en temps”, mais pourtant les bleus sont toujours là. Un comportement qui, bien évidemment, ne se limite pas à la sphère conjugale mais s’étend à la place publique. Viols, harcèlements de rue et le tout accompagné de beaux discours accablant la victime.

Selon les chiffres officiels publiés par le gouvernement lundi 26 novembre suite à “l’étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple pour l’année 2017, établie par la Direction Générale de la Police Nationale, la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale et la Délégation Aux Victimes”, 125 personnes (dont 109 femmes et 16 hommes) sont mortes en 2017, victimes de la violence de leur partenaire ou de leur ex-partenaire de vie.

Ainsi, une femme meurt tous les 3 jours du fait de la violence de son conjoint ou son ex-conjoint.

Malgré tout, puisqu’il faut voir toujours le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide, nous observons une baisse des chiffres par rapport à l’année dernière, puisque nous étions à 138 en 2016 et 136 en 2015 (même si c’est encore trop).

Les viols

Concernant les viols, en 2017 ce sont en tout 258 000 victimes de viol ou de tentatives de viol : 93 000 femmes, 15 000 hommes et 150 000 mineurs qui ont été recensés. Sur les 250 000 victimes, seulement 9% portent plainte et une plainte sur dix aboutit à une condamnation de l’agresseur. 91% des victimes connaissaient leurs agresseurs et 45% des agresseurs sont souvent des conjoints ou ex-conjoints.

Depuis l’ère Me Too, nous observons une libération de la parole et une mobilisation croissante des associations féministes. Mais aussi une prise de conscience générale qui s’est traduite par une marche historique initiée par le collectif Nous Toutes samedi dernier.

“Nous Toutes”, les actes post #metoo

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Le 25 novembre est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Pour l’occasion le collectif Nous Toutes, rejoint par Nous Aussi a organisé une marche d’envergure nationale le 24 novembre. Bien que très peu couverte médiatiquement, pour diverses raisons qui nous échappent (non), la marche du 24 novembre est qualifiée d’historique.

Une marche historique

Ce sont 50 000 femmes et hommes qui ont marché dans les rues de nombreuses villes en France pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles. De grandes figures du monde féministe (Les Glorieuses, MLF, Osez le Féminisme, etc.) mais également un grand nombre de célébrités comme Muriel Robin (très liée à cette thématique notamment après avoir incarné Jacqueline Sauvage à l’écran) étaient présentes.

Une marche qui, comme le rappelle Guillaume Meurice dans sa chronique sur France Inter, n’a engendré aucune altercation, aucune arrestation et aucun blessé. Agressives les féministes disaient-ils ?

Des personnalités engagées

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Une tribune signée par 250 personnalités

Une tribune signée par 250 personnalités de la scène culturelle française a vu le jour. Ils réclament dans ce texte des “politiques publiques ambitieuses de prévention qui pourraient changer les comportements”. Ils demandent également qu’un effort soit fait pour une “éducation obligatoire dès le plus jeune âge à la non-violence et à l’égalité filles – garçons”. Et enfin “une formation systématique des professionnels qui accueillent les victimes” et “l’augmentation significative des moyens alloués aux associations”.

Les hommes sont présents aussi

Au total, ce sont plus de 400 femmes journalistes qui se sont mobilisées et pour notre plus grand bonheur, les hommes aussi s’engagent. Ils invitent la gent masculine à se mobiliser et à manifester aux côtés de leurs homologues féminins. Dans cette vidéo réalisée par l’agence Mad&Women et publiée ce vendredi 23 novembre, on aperçoit des personnalités comme Manu Payet, Guillaume Meurice ou l’humoriste Tristan Lopin. 

L’hymne des femmes version 2018

Le monde de la culture s’est également mobilisé. 39 figures féminines et féministes se sont retrouvées à l’initiative du duo Brigitte pour chanter les droits des femmes. On y retrouve entre autres (puisqu’elles sont 39, donc) Élodie Frégé, HollySiz, Inna Modja, Clara Luciani, Olivia Ruiz…Elles reprennent à leur manière l’hymne du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) écrit à l’époque sur l’air du chant des marais. Les fonds seront reversés à la Maison des Femmes de Saint-Denis dont Inna Modja est la marraine. 

Nos petits coeurs étaient tout chauds ce weekend. Après cette belle démonstration d’union et de sororité . Mais une belle gueule de bois emotionelle nous attendait lundi matin. Le lancement de la plateforme d’aide aux victimes – même si nous soutenons à 100 % cette initiative – ne révèle que trop de dysfonctionnements dans une société qui se dit en progrès (ou en marche).

Que fait la police ?

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Les chiffres sont tombés comme un couperet sur le cou d’un poulet. Nous les avions vus venir mais nous y avons cru jusqu’au bout. Rien de surprenant donc.

La prise de conscience et la libération de la parole #metoo ont bel et bien délié les langues et entrainé des appels au changement. Mais le renversement de la pensée commune se fait attendre, freiné par une machine judiciaire rouillée.

Une parole pas si libérée ou pas assez prise au sérieux….

Aujourd’hui en France, seulement 1% des viols sont condamnés. Nous pouvons expliquer cela par plusieurs raisons. Tout d’abord par une libération de la parole encore trop faible: les femmes victimes de viols n’osent toujours pas encore s’exprimer. La honte, la peur, le trauma. Trois raisons réelles qu’il ne faut pas sous-estimer.

Par ailleurs, celles qui souhaitent aller porter plainte, se voir régulièrement mal reçues. Refus de mains courantes, de dépôt de plainte, discours sexistes, misogynes ou discriminatoires ou la parole de la victime est remise en doute, sous-estimée et pas prise au sérieux.

Et nous ne sommes pas la pour blâmer les forces de l’ordre qui dans un premier temps sont tout simplement mal (ou pas) formées pour recevoir ce genre de situation ou encore manque de moyens (humains), sont débordées et également au bord de l’implosion.

….freinée par un système judiciaire qui manque de volonté

Véronique Le Guiziou, sociologue, à mené une étude sur quatre villes de France et a étudié près de 400 dossiers pour tirer ces conclusions. Mais elle ajoute à cela un grand dysfonctionnement du système judiciaire dont l’objectif est de classer le dossier. Aussi un grand nombre de viols ne sont pas traité au pénal comme ils devraient l’être puisque ces procès coûtent très cher à l’Etat mais sont renvoyés en correctionnel. Là où le viol se transforme en agression sexuelle et la peine se voit réduite de 10 à 3 ans.

Valable pour les violences conjugales également

L’exemple du viol ci-dessus est également valable pour les violences à l’égard des femmes en général incluant les violences conjugales. Effectivement, la notion de honte et d’intimité est ici également sur-présente, surtout lorsque la victime et l’agresseur sont encore mariés, en couple ou ont des enfants.

Et ces derniers ne sont évidemment pas en reste lorsqu’il s’agit de violences conjugales : l’enfant n’est pas seulement témoin des violences conjugales, il en est victime. Edouard Durand, juge des enfants à Bobigny interrogé par l’Obs en février 2018 dit : “Les institutions de protection de l’enfance prennent aujourd’hui davantage en compte le fait que les violences conjugales sont une des formes de maltraitance les plus graves qui puissent être infligées à un enfant. Mais on a encore tendance à séparer ce qui relève de la sphère conjugale et de la sphère parentale. Or les deux sphères ne sont pas dissociables. Ce qui se joue dans le conjugal, l’emprise et la violence, se joue aussi dans le parental.”

La plateforme : il était temps

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Crédits : Nous Toutes

Après les mesures prises afin de sanctionner le harcèlement de rue cet été (Loi Schiappa) et dans ce contexte (joyeux n’est-ce pas ?), l’intérêt de cette plateforme prend tout son sens. Enfin un lieu où les victimes auront accès 7/7 jours et 24/24 heures à un outil conversationnel en ligne et pourront être conseillées par des personnes forméesMuriel Salmona, pyschiatre et fondatrice de l’association Mémoire traumatique et victimologie, un organisme d’information et de formation pour les intervenants prenant en charge les victimes de violences, s’est vue confier la formation des policiers et gendarmes.

> > > > Le lien vers la plateforme < < < <

La plateforme, nous dit le communiqué, fonctionnera de la manière suivante : “Cet accès facilité, sans obligation de déclarer son identité, permettra à toutes les victimes d’entrer en contact avec les 37 policiers et gendarmes du portail qui pourront les accompagnerau plan de la procédure, les orienter vers les partenaires institutionnels et faciliter ainsi leur prise en charge sociale et psychologique (Une démarche reste toujours possible en commissariat de police et en brigade de gendarmerie).”

> > > > Le lien vers la plateforme < < < <

Que faire si vous êtes victime ou témoin de violences ?

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Sachez que dans un contexte aussi délicat que les violences physiques et sexuelles, le premier geste à avoir est de faire constater les blessures ou l’agression par un médecin.

Ce sont des preuves réélles et immédiates qui vous permettront par la suite d’être reçues convenablement par les autorités judiciaires.  Que ce soit au moment de la plainte (le commissariat relève du pénal, aussi toutes les plaintes ne sont pas recevables, en revanche ils se doivent d’accepter votre main courante) ou du procès.

Je tiens à préciser qu’ici l’idée n’est pas de dire que toutes les entités judiciaires font preuve de discriminations ou d’injustice, mais bien de dire que cela existe et que pour éviter ce frein, il est préférable d’agir avec précaution.

(Je recommande également ce témoignage récolté par Madmoizelle.com et suivi d’un article très complet concernant les réflexes à avoir lors de violences conjugales). 

Enfin, le mémo “Nous Toutes” ci-dessous résume très bien les différents numéros à connaitreen cas de besoin ou encore le discours à adopter lorsque vous êtes témoin de violences.

Les consciences se réveillent, la parole se libère, les institutions se bougent… Et nous nous serons encore là l’année prochaine s’il le faut. Courage à toutes les victimes. Les autres, merci par avance de votre bienveillance envers elles.

Photo de couverture par Marie Rouge pour Liberation


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