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La fête des mères ou le contre-exemple du féminisme.

written by Solène 26 mai 2018

La fête des mères approche et chacun y va de son petit geste affectif pour combler nos chères mamans. Une bonne idée que de dédier une journée à celles qui nous ont un jour appris à marcher ou à tenir une cuillère. Mais la fête des mères comme nous la fêtons aujourd’hui – bien qu’elle ait une origine noble et respectable – n’est pas si flatteuse pour la femme. Retour sur une tradition quelque peu machiste. 

Depuis quelques semaines vous cherchez le petit cadeau idéal qui fera boom dans le coeur de votre maman. Fleurs, bijoux, messages, appels, journée à deux … l’heure est venue de dire à nos mamans qu’on les aime. Et pour celles qui reçoivent des colliers de nouilles ou autres inventions de leurs chérubins : comme il est bon de savoir que notre enfant a fabriquer de ces petites mains cet objet devant lequel nous nous émerveillerons à tors ou à raison. Bref. De l’amour, de l’amour, de l’amour.

fête des mères

Quelle belle tradition ! Chaque année nous jouons le jeu. Nous nous plions aux règles du petit cadeau, du coup de fil ou de la visite chez maman pour lui dire à quel point nous l’aimons. Mais revenons un peu sur l’origine et le bien fondé de cette fête.

Petite histoire de la fête des mères…

La femme, depuis la mythologie grecque et romaine, a souvent été mise à l’honneur pour sa capacité à donner la vie. En revanche, c’est bien plus tard qu’une idée de la fête des mères a vu le jour: tout d’abord en Angleterre lors du Mothering Day (la seule journée de congés autorisée aux employés) puis aux Etats-Unis grâce aux activistes Julia Ward Howe puis Anna Jarvis (1864-1948), cette dernière considérée comme responsable de la version internationale que l’on connaît aujourd’hui. Elle fonda en effet des “clubs” spécifiques aux mères, dans le même but d’union pacifique.  

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Anna Jarvis, initiatrice de la fête des mères. 1864-1948

…. puis le détournement

“Ces initiatives ont donné de belles idées aux politiques et mouvements familialistes et natalistes apparus à la fin du XIXe siècle et c’est grâce à (ou à cause d’?) eux, que cette journée deviendra officielle. La Première Guerre mondiale ayant été particulièrement meurtrière, cette revendication devient de plus en plus forte pendant l’entre-deux-guerres. Les associations natalistes souhaitent que les couples fassent plus d’enfants. L’idée n’était pas de célébrer toutes les mamans, mais seulement les mères de familles nombreuses.” Nuance.

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Deux affiches de 1918 et 1920

Ces associations demandent alors des mesures répressives, qui vont bien à l’encontre des valeurs que nous défendons aujourd’hui. L’interdiction de vendre des produits contraceptifs et une plus forte condamnation de l’avortement font partie des idées évoquées. Joie. Mais aussi des mesures financières pour inciter les couples à fonder des familles nombreuses : des allocations, des primes d’allaitement.

En 1942, le maréchal Pétain (“Travail, famille, patrie”) donne un ton plus solennel à l’événement, notamment dans un message à la radio: “Vous seules, savez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect qui font les hommes sains et les peuples forts” Les mamans aident donc les hommes et non les Hommes à devenir quelqu’un… et leurs filles alors ? Et bien elles seront mères, voyons ! Plutôt que de fêter les mamans, il s’agit de tout mettre en oeuvre pour relancer le taux de natalité en France. Bref, Pétain officialise le mouvement lancé par les associations natalistes. L’événement est alors présent dans les écoles mais également dans les rues au travers d’affiches, de discours et de la presse. 

(propos de l’historienne Françoise Thébaud reccueilis par Madame Figaro)

Et après ?

La suite vous la connaissez, Vichy tombe mais la Fête des mères continue d’exister car les mouvements politiques à la fin de la guerre sont eux aussi profondément natalistes. Même les féministes ne la remettent pas en cause. Cette fête a ensuite été un moyen d’encourager la consommation dans les années 1960. Anna Jarvis fera alors de nombreuses critiques sur la tournure des événements. Nous la comprenons. 

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C’est toi la cocotte !

 

 

Voilà, voilà. Mais ne nous laissons pas abattre, il y a une fête des pères… Je m’en vais investiguer là-dessus ! 

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