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Aya Nakamura. Oh Djadja, y’a pas moyens Djadja…

written by Solène 10 décembre 2019

Je viens de finir de lire une interview d’Aya Nakamura et j’ai beaucoup aimé la femme qui se cache derrière l’artiste si souvent critiquée. Clairvoyante quant aux reproches qui lui sont attribués elle y apporte surtout des réponses et des explications, loin de la justification (nuance !).

J’ai particulièrement aimé ce qu’elle a répondu et les questions que cela engendre par la suite à la question « êtes-vous une artiste féministe ?». Elle tenait ces propos si justes :

« On me demande souvent, en interview, si quand je chante « je ne suis pas ta catin » dans Djadja (ndlr : un de ses titres phare), c’est du féminisme.  Non, c’est juste la réalité : je ne suis la catin de personne. Je ne suis pas en train de me rebeller, je veux juste qu’on me parle correctement. Ce que je n’aime pas, c’est l’association qui veut qu’une femme qui s’assume soit une rebelle. Non ce n’est pas une rebelle. C’est juste une femme. Un point, c’est tout. »

On notera en premier lieu que pour l’artiste, ce que certaines qualifient de féminisme n’est pour elle qu’une réalité et une évidence. Par ailleurs, elle met le doigt sur quelque chose de crucial. Le traitement que l’on réserve aux femmes en général et aux femmes qui s’assument d’autre part.

Il est intéressant de voir qu’en 2019, nous nous devons encore de rappeler à qui ne veut pas l’entendre que nous ne sommes pas des « catins » et qu’il serait bien plus agréable pour tout le monde de parler aux femmes avec respect. En voilà une idée qu’elle est bonne ! Ce qui semble une évidence pour nous, ne l’est pas forcément pour d’autres. À tous les hommes (et les femmes !) qui pensent que la femme est présente sur terre pour assouvir leurs moindres désirs, je n’ai qu’une chose à dire : TIME IS UP.

Mais revenons un instant sur la seconde partie de cette déclaration. Pour rappel, nous vivons dans une société aux règles écrites par des hommes. Il n’est donc pas très surprenant qu’une certaine inégalité en leur faveur existe et persiste, tant que personne ne s’attaquera au fond du problème. Mais c’est un autre sujet. La femme qui s’assume, en d’autres mots celle qui ne coche pas les cases définies pour sa petite personne (jolie, gentille et docile) est automatiquement qualifiée de rebelle.

Ou encore – et arrêtez-moi si je me trompe – n’avez-vous jamais entendu une femme à poigne se faire traiter de castratrice ou de mal baisée ? Une femme aimant le sexe de catin, de « Marie couche-toi là » (laissez donc Marie là où elle est) ou mieux encore de pute ? Oui, n’ayons plus peur de l’écrire, à la vitesse où l’insulte parcourt les rues sans retenue, gravons-la dans le marbre une bonne fois pour toutes.

Lorsqu’une femme aime le foot ou les voitures n’est-elle pas « un garçon manqué » (d’ailleurs cela marche aussi pour les hommes, gare à toi la « tafiole » qui jouera aux Barbie vêtu de rose) ? Lorsqu’une femme s’énerve, n’est-elle pas hystérique ? Lorsqu’une femme se fait agresser, n’est-ce pas de sa faute (« bah, oui mais si elle ne s’habillait pas comme une pute, aussi ! ») ? Lorsqu’une femme ne veut pas être mère ou est célibataire à 30 ans, n’est-elle pas « probablement lesbienne » ? En même temps, qu’est-ce qu’elle est chiante, c’est normal. Oui parce que savoir ce que l’on veut et dire « non », nous qualifie automatiquement de chieuse.

Et si dans chacune de ces situations nous avions parlé d’un homme ? Quel traitement leur aurait-il été réservé ?

En 2019, une femme est traitée comme un homme, vous disiez ? Laissez-moi rire (jaune).

Sur ce, je vais aller mettre un petit « son » d’Aya Nakamura, car même si ce n’est pas de la grande littérature et que j’aime par-dessus tout notre belle langue et sa richesse, elle a le mérite de s’exprimer avec ses mots et de ne pas prétendre être quelqu’un qu‘elle n’est pas face aux bien-pensants de notre société (en plus d’arriver à me faire danser sur chacun de ses titres !). Et pour ses plus grands détracteurs, j’ai envie de dire : revenez nous voir quand vous aurez gagné un disque d’or. Go Aya !


« Être une femme, c’est se soumettre à une autodiscipline que les hommes n’imaginent pas, dont nous avons nous-même à peine conscience. Et ce pli de l’esprit ne s’arrête pas à notre enveloppe corporelle, il s’étend à notre caractère, nos humeurs, nos tempéraments. Il ne faut pas déborder. En tour de taille, en volume sonore, dans nos réactions. Celle qui déborde est grosse, vulgaire, hystérique. La femme idéale est comme une ombre qui porte un corset psychologique. »

Titiou Lecoq – Libérées, le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale.

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