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Football féminin et stéréotypes. Rencontre avec des joueuses !

written by Solène 7 février 2019

Football féminin. Les clichés ont la dent dure et le milieu du football féminin n’est pas épargné ! Sacha et Gaëlle jouent au FC Gobelins (13e, Paris) et ont eu envie de balayer les clichés au travers d’une expo photo ! Rencontre.

Le cliché du “garçon manqué”. Déjà, je déteste ce terme (je le reprends parce que c’est ce que j’entends autour de moi) car il sous-entend qu’une fille doit être comme ci et un garçon comme ça alors qu’en réalité, rien n’est figé

Commençons par les présentations ! Quel âge avez-vous, que faites-vous dans la vie et surtout depuis quand jouez-vous au foot ?

Sacha – Alors, j’ai 25 ans et je travaille actuellement pour un cabinet de conseil avec lequel je réalise des missions pour le secteur public et en particulier pour des organisations internationales. J’ai commencé le foot toute petite et ai rejoint ma première équipe à 7 ans.

Gaëlle – Gaëlle, j’ai 30 ans, je suis éducatrice spécialisée et je pratique le foot depuis cette année seulement !

Certaines d’entre vous ont commencé à jouer avec des garçons, comment ça se passait ?

Sacha – Mes trois premières années en club, j’ai joué avec les garçons mais à cet âge là il n’y a pas vraiment de différence physique. Je fais encore des five (ndlr: cinq contre cinq) de temps en temps avec des amis et là on sent plus la différence mais toujours une bonne ambiance.

football féminin

Pourquoi le foot ? Qu’est-ce qui vous anime dans ce sport ?

Sacha – Bonne question … j’ai commencé tellement jeune que je ne sais pas vraiment pourquoi. C’est un sport populaire, facile à pratiquer partout, j’ai dû commencer par jouer avec mes copains ou mes cousins. Après, en grandissant, j’ai commencé à suivre plus activement l’actualité en plus de jouer.

J’aime particulièrement le côté « stratégique » et l’analyse du jeu nécessaire pour faire les bons choix sur le terrain (ce n’est pas juste des gens qui courent derrière un ballon comme on l’entend parfois). Après, mais ça vaut aussi pour d’autres sports, le fait que ça soit un sport collectif, ça rajoute toujours aux émotions.

J’aime particulièrement le côté « stratégique » et l’analyse du jeu nécessaire pour faire les bons choix sur le terrain (ce n’est pas juste des gens qui courent derrière un ballon comme on l’entend parfois)

Gaëlle – Je cherchais à me remettre au sport et surtout à un sport collectif car j’aime l’esprit d’équipe et la réussite collective. Je regarde le foot et supporte le club de ma ville depuis de nombreuses années mais je me trouvais trop âgée pour commencer et puis le foot féminin est assez méconnu.

J’ai fini par me lancer avec le soutien de mon entourage. Ce qui m’anime dans ce sport c’est tout d’abord les valeurs que je partage comme la solidarité et l’entraide mais aussi l’attrait pour le dynamisme que le foot demande, la dépense physique, la beauté du jeu collectif et la compétition.

football féminin

En 2018, pour la première fois un ballon d’or féminin a été décerné. Une victoire selon vous ?

Sacha – Une étape on va dire. C’est sûr que c’est extrêmement positif, le ballon d’or, c’est le trophée individuel le plus célèbre. Après ça fait déjà quelques temps que l’UEFA et la FIFA décernent un trophée de meilleure joueuse. Mais c’est sûr que cette fois-ci c’est différent car le ballon d’or, c’est une institution et, aujourd’hui, ce sont les journalistes qui votent.

Gaëlle – Evidemment ! C’est dommage d’attendre 2018 pour que des évènements comme celui-ci se présente, ça montre encore une fois (s’il en fallait encore une) que l’égalité est loin d’être atteinte mais on va rester positive, c’est une bonne chose que le football féminin soit reconnu à travers ce prix. J’espère que par la suite, la coupe du monde de football féminin sera suivie et que l’équipe de France sera soutenue.

J’espère que, par la suite, la coupe du monde de football féminin sera suivie et que l’équipe de France sera soutenue.

La cérémonie a été un peu noircie par un commentaire jugé sexiste de la part de Martin Solveig, qu’en pensez-vous ?

Sacha – Je pense que la réponse parfaite a été donnée par Ada Hegerberg elle-même dans son article pour le Players Tribune, “not here to dance” (dont je recommande la lecture).  C’était clairement maladroit de la part de Martin Solveig, après il y a eu plein d’autres moments gênants lors de la cérémonie dont plus personne ne parle. Pour le coup, je trouve qu’on en a un peu trop fait au lieu de se concentrer sur l’essentiel.

Gaëlle – Je pense qu’il aurait pu s’abstenir ! Il a voulu faire de l’humour je suppose (🤔) mais ce qu’il ne réalise pas quand il fait ce genre de remarque c’est qu’on ramène trop souvent les femmes à leur physique. Pour la première fois dans l’histoire du ballon d’or, on salue le talent d’une joueuse et c’est dommage de ne parler que de ça. Je ne suis pas sûre qu’on aurait posé la même question à Modric…

football féminin

Bobonne, c’est le média qui balaie les clichés, quels clichés sur le football féminin avez-vous envie de balayer ?

Sacha – Il y en a trop ! On a d’ailleurs essayé de briser les principaux dans notre exposition photos (le manque de féminité, le fait que ça ne soit pas technique, ennuyeux, trop gentil).

Gaëlle – Le cliché du “garçon manqué”. Déjà je déteste ce terme (je le reprends parce que c’est ce que j’entends autour de moi) car il sous-entend qu’une fille doit être comme ci et un garçon comme ça alors qu’en réalité rien n’est figé. Les gens qui emploient ce terme font référence à des filles qui ne sont pas féminines (selon leur critère de féminité bien entendu), qui ont un fort caractère et qui ne se laisse pas faire. On ne peut pas faire de généralité, dans mon équipe, on est toutes très différentes.

Mes trois premières années en club, j’ai joué avec les garçons mais à cet âge-là il n’y a pas vraiment de différence physique.

Comment vous est venue l’idée de l’expo photo ?

Sacha – Chaque année, on essaie de réaliser des projets pour lever des fonds et soutenir le développement de la section féminine. L’an dernier, on a organisé un vide grenier et cette année on vend des calendriers avec les photos de l’exposition. L’idée, c’était de faire d’une pierre deux coups en profitant d’exposer ces photos, surtout en cette année de coupe du monde.

Gaëlle – En fait, le projet de base était de financer des tournois de foot, des stages, etc… à travers la vente de calendriers photos. Ensuite on s’est dit que ça pourrait être chouette de faire une exposition des photos prises à la fois pour mettre en avant le calendrier mais aussi pour promouvoir le football féminin.

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Comment s’est passé la séance photo ? Qui a eu les idées de mise en scène ? Qui a établi les messages à faire passer ?

Sacha – Pour les messages, on a listé ce que nous on avait l’habitude d’entendre mais on a aussi demandé à notre entourage ce qui leur venait à l’esprit comme clichés. A partir de là on a réfléchi à comment prendre le contrepied. Tous ne sont pas faciles à illustrer car les photos sont figées, on a du faire le tri et réfléchir à ce qui pouvait être parlant.

Pour la séance, on a fait des photos dans quelques lieux connus du 13e arrondissement de Paris car c’est le quartier d’où certaines d’entre nous viennent et où est situé le club. Puis on a pris des photos un jour de match où on était vraiment en conditions.

Gaëlle – On a décidé en équipe, avec le coach et les animateurs de l’EPJ L’Envol, de partir des clichés et des idées reçues que certain(e)s pouvaient avoir sur le football féminin. Nous avons donc sondé notre entourage et les idées de photos sont parties de là.

Nous avons eu plusieurs réunions de travail avec le photographe pour réfléchir aux mises en scène, aux idées que nous avions, etc… Toutes les filles n’étaient pas à l’aise dans cet exercice, chacune s’est investie comme elle le souhaitait et le photographe a su respecter le choix de chacune.

Qu’attendez-vous de cette expo ?

Sacha – L’idée c’est à la fois d’intéresser et de faire réfléchir. Intéresser car on est en 2019, année capitale pour le football féminin en France avec l’organisation de la coupe du monde chez nous. Et faire réfléchir car il faut, comme dans plein d’autres domaines, que les mentalités changent.

De nombreuses personnes venues voir l’exposition nous ont demandé où se déroulaient nos matchs, à quelle heure. Ils ne savaient même pas que des équipes féminines existaient dans le 13e alors même qu’il y en a plusieurs !

Gaëlle – Qu’elle circule, que des centres d’animation, des mairies, etc… nous demande de l’exposer. Qu’elle favorise le dialogue autour des clichés que véhicule le football féminin. Et enfin, qu’elle mette en valeur les femmes footballeuses et non les femmes de footballeurs !

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Où peut-on voir l’expo et jusqu’à quand ?

Sacha – Actuellement et jusque fin janvier, nous sommes exposées à la mairie du 13e arrondissement de paris. En février, nous serons exposées dans au centre Daviel également dans le 13e. On a également des contacts pour exposer dans d’autres lieux du 13e voire même en mairie principale. C’est top, on ne pensait pas que ça aurait tant de succès.

Gaëlle – Actuellement elle est en mairie du 13ème jusqu’au 24 janvier, par la suite je ne sais pas où elle doit aller !

Enfin, quel est votre conseil à toutes les petites filles qui souhaitent se lancer dans le foot ?

Sacha – Peut-être moins un conseil aux petites filles qu’à leurs parents qui pourraient être réticents à les laisser démarrer ce sport. Aujourd’hui il y a un encadrement de qualité pour les féminines avec des éducateurs très investis et de belles valeurs transmises par ceux-ci. Il faut écouter son enfant qui aurait envie de commencer !

Gaëlle – Que même si dans le club il n’existe pas encore d’équipe féminine, jouer avec les garçons n’est pas un problème. Les filles ne sont pas meilleures ou moins fortes. Elles sont justes différentes des garçons et ça ne nous empêche pas de jouer ensemble. J’ai aussi un conseil pour les femmes qui n’ont jamais pratiqué le foot et qui n’osent pas se lancer : il ne faut pas hésiter, il y a de la place pour tout le monde. On peut apprendre, même à 30 ans !

Merci les filles !

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Crédits Photos : Florian Duval 


Retrouvez plus d’interviews ici 06

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2 comments

Lola 12 février 2019 at 13 h 57 min

Géniale cette interview !
J’aimerais soutenir cette équipe, où peut-on acheter le calendrier photo ?

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Solène 18 février 2019 at 21 h 47 min

Merci beaucoup !! Je vais leur demander de ce pas et je l’enverrai à tout le monde dans la newsletter 🙂

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